Quand les perturbations frappent, les travailleurs soutiennent le système
Par Angela Splinter, cheffe de la direction, RH Camionnage Canada
En mai, j’ai eu l’occasion de prendre la parole au Sommet du Forum international des transports (FIT), à Leipzig, en Allemagne, aux côtés de leaders du secteur mondial du transport.
Le Sommet du FIT réunit chaque année des leaders internationaux afin de discuter des enjeux de politiques du transport qui façonnent l’avenir de la mobilité et des chaînes d’approvisionnement. Le thème du Sommet de 2026 était Funding Resilient Transport (Financer des transports résilients).
J’ai participé à une séance réunissant des leaders gouvernementaux et du milieu des affaires axée sur le financement de la résilience face à des perturbations multiples et simultanées. Les échanges ont porté sur des enjeux importants liés aux infrastructures, au financement et à la gestion des risques systémiques — tous des sujets essentiels.
Mais, tout au long des discussions, je revenais constamment à une question : accordons-nous suffisamment d’attention aux personnes qui assurent le fonctionnement de ces systèmes?
À mon avis, il ne peut y avoir de résilience des systèmes sans résilience de la main-d’œuvre.
Lorsque les perturbations surviennent, les personnes s’adaptent
Les entreprises du camionnage et de la logistique évoluent dans un environnement de plus en plus imprévisible. Les phénomènes météorologiques extrêmes, les menaces liées à la cybersécurité, l’instabilité géopolitique et les perturbations des chaînes d’approvisionnement ne sont plus des événements rares. Et même si ces situations commencent souvent comme des problèmes systémiques, elles deviennent rapidement des défis liés à la main-d’œuvre.
Lorsque les entreprises doivent composer avec des pénuries de main-d’œuvre et des écarts de compétences, ou lorsque les employés doivent travailler dans des conditions nouvelles et souvent inhabituelles, ce ne sont pas les infrastructures qui s’adaptent en premier — ce sont les personnes.
Il est impossible de concevoir des systèmes capables d’anticiper chaque perturbation possible. Les systèmes continuent de fonctionner parce que les travailleurs s’adaptent en temps réel — souvent au-delà de ce qui avait été prévu.
Pourtant, la résilience de la main-d’œuvre demeure trop souvent considérée comme une préoccupation secondaire.
Si nous voulons réellement bâtir des systèmes de transport résilients, nous devons commencer à traiter la main-d’œuvre comme un élément central de la discussion — et non simplement comme une exigence opérationnelle.
Qu’est-ce qui doit changer?
Cela signifie qu’il faut repenser la résilience de quelques façons importantes.
1. La planification de la main-d’œuvre doit faire partie de la planification à long terme
Nous investissons beaucoup dans les infrastructures physiques en nous appuyant sur des prévisions à long terme, des données et des stratégies de financement. Nous devons maintenant accorder le même niveau d’attention à la planification de la main-d’œuvre.
Cela signifie disposer de meilleures données sur le marché du travail, de prévisions plus solides, et intégrer les considérations liées à la main-d’œuvre dès le départ dans les discussions sur les infrastructures et la résilience.
Trop souvent, les systèmes sont conçus en supposant que les travailleurs seront simplement disponibles au moment voulu.
De plus en plus, ce n’est plus une hypothèse sûre.
2. La capacité d’adaptation compte autant que la capacité
La résilience ne consiste pas seulement à disposer d’un nombre suffisant de travailleurs. Elle consiste aussi à compter sur des personnes qui ont les compétences et la souplesse nécessaires pour réagir lorsque les conditions changent. Cela signifie investir dans le perfectionnement des compétences, la formation polyvalente et la création de parcours professionnels plus flexibles entre les rôles et les secteurs.
Nos systèmes reposent sur des personnes capables de résoudre des problèmes, de prendre des décisions et de s’adapter rapidement sous pression.
La capacité d’adaptation devient tout aussi importante que la capacité.
3. La collaboration est essentielle
Un autre thème important du Sommet était l’importance de la coordination — entre les secteurs, entre les frontières et entre les organisations.
Les défis liés à la main-d’œuvre ne font pas exception.
Au Canada, nous reconnaissons de plus en plus que les pénuries de main-d’œuvre et les écarts de compétences ne peuvent pas être résolus par une seule organisation travaillant seule.
C’est pourquoi des initiatives comme l’Alliance nationale de la main-d’œuvre du transport et de la chaîne d’approvisionnement sont si importantes (j’y reviendrai dans mon prochain blogue). Elles permettent d’avoir une vue d’ensemble des pressions exercées sur la main-d’œuvre dans le système du transport et de la chaîne d’approvisionnement, et d’améliorer la coordination autour des défis émergents.
Parallèlement, RH Camionnage Canada dirige un nouveau Conseil national de stratégie sur la main-d’œuvre qui réunit des leaders de l’industrie afin de cerner les pressions liées à la main-d’œuvre et de contribuer à l’élaboration de solutions plus adaptées.
Ces deux initiatives reflètent un changement important : elles permettent de passer d’approches fragmentées à une collaboration plus coordonnée à l’échelle du système.
Élargir notre façon de penser la résilience
Nous avons réalisé des progrès importants pour renforcer notre gestion des risques systémiques.
Mais si nous nous concentrons uniquement sur les infrastructures et le financement, sans accorder une attention équivalente à la main-d’œuvre, nous risquons de bâtir des systèmes qui semblent solides sur papier, mais qui peinent à résister aux pressions réelles.
La résilience de la main-d’œuvre n’est pas un enjeu « secondaire ».
Elle est essentielle à la capacité d’un système de s’adapter, de se rétablir et de continuer à fonctionner pendant une perturbation.
Concevoir en fonction de la réalité
L’un des aspects les plus utiles du Sommet a été d’entendre les points de vue de différents pays et systèmes de transport.
Même si chaque contexte est différent, les facteurs communs sont évidents : les perturbations deviennent plus fréquentes, plus interconnectées et plus complexes.
Et, dans tous les cas, les personnes demeurent au cœur de la façon dont les organisations réagissent.
Lorsque nous investissons dans notre main-d’œuvre, nous bâtissons des équipes capables de s’adapter, de collaborer, de résoudre des problèmes et de faire preuve de leadership en période d’incertitude.
Parce qu’au bout du compte, la résilience ne repose pas uniquement sur les infrastructures.
Elle repose sur les personnes.
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